C’est une triste ironie de l’histoire que de voir un ancien de la profession s’acharner, avec autant de méthode, à détruire ce qui reste des fondements de la presse écrite guinéenne. À la tête de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Boubacar Yacine Diallo ne se contente plus de s’immiscer dans les affaires d’associations professionnelles comme l’AGEPI ; il mène un combat de fond pour faire purement et simplement disparaître le format papier. La raison de cet acharnement ? Un échec personnel doublé d’une profonde rancœur.
L’échec d’un ancien éditeur : Quand la frustration dicte la régulation
Pour comprendre la politique destructrice menée aujourd’hui à la HAC, il faut regarder dans le rétroviseur. L’homme fort de l’institution a lui-même tenté l’aventure de la presse écrite avec son journal L’Enquêteur. Une expérience soldée par un échec retentissant : le journal était, de son propre aveu, « mort » et totalement dépourvu de contenu fiable, incapable de s’imposer face aux exigences financières et structurelles d’un secteur exigeant.
N’ayant pas eu les épaules assez solides pour faire vivre une publication écrite — jugée par lui-même « trop dépensière » —, le président de la HAC semble avoir décidé d’une vendetta silencieuse : si lui n’a pas pu réussir, alors la presse écrite doit périr.
La haine du papier et la distorsion des subventions
Spécialiste de l’audiovisuel et propriétaire de radio, Boubacar Yacine Diallo n’a jamais caché sa préférence pour les médias broadcast. Depuis la fin de l’année 2023, il s’évertue à comparer systématiquement les montants des subventions allouées à la presse écrite avec ceux des radios.
Le paroxysme de cette cabale a été atteint lors de la subvention de 2025, où il a dicté et imposé une règle inique : le plus haut montant alloué à un organe de la presse écrite ne devait pas dépasser celui accordé à une seule radio !
À l’époque, d’autres figures de la corporation, à l’instar d’Iboune, avaient tenté de dresser un barrage contre cette infiltration et cette volonté manifeste d’étouffer le secteur papier. Des résistances que certains avaient mal comprises sur le moment, avant de réaliser, trop tard, qu’il s’agissait d’une destruction programmée.
Le mépris des géants et le règne des “copier-coller”
Dans ce paysage exsangue, seuls quelques acteurs majeurs ont réussi à tenir la barre grâce à leur sérieux, leur originalité et la consistance de leur contenu :
- Le Groupe L’Indépendant, regroupant L’Indépendant, Le Kakimbo, L’Indépendant Plus, Carrefour Magazine, Le Républicain et Le Démocrate.
- Le Groupe Le Lynx, regroupant Le Lynx et La Lance.
- Le journal Le Populaire, ainsi qu’une poignée d’autres irréductibles.
Face à la substance journalistique de ces véritables piliers, le président de la HAC a choisi son camp : celui de la médiocrité. À l’encontre d’Alpha Abdoulaye Diallo et de son journal Le Populaire, les attaques ont été directes et condescendantes, allant jusqu’à leur lancer : « Allez travailler, ce que vous faites ce n’est pas du journalisme ». C’est précisément là que tout a basculé.
Mais qui est le véritable imposteur ? Est-ce ce journal d’investigation qui produit de l’information originale au prix de mille sacrifices, ou ces structures fantoches du « copier-coller » que la HAC couve jalousement pour mieux capter les aides de l’État ? Pendant que les vrais journaux représentatifs se meurent sous les coups de boutoir d’une administration partiale, on assiste à la sanctuarisation de la paresse intellectuelle.
Il n’y a pas de sadisme là-dedans, juste la triste réalité d’un système corrompu qui protège les siens. Une chose est sûre : nul n’est au-dessus de la loi, et la presse écrite indépendante continuera de réclamer des comptes à ceux qui orchestrent sa chute.
Mamadou Aliou Diakité, Président de l’AGEPI










