La République de Guinée se trouve aujourd’hui à un carrefour décisif de son histoire institutionnelle et économique. Alors que les plus hautes autorités de la transition appellent sans relâche à la rigueur, à la probité et à la rupture avec les vieilles pratiques de prédation des deniers publics, certains secteurs peinent à balayer devant leur porte. Au cœur de cette tempête, l’Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante (AGEPI) livre un combat salutaire pour la dignité du métier, dressant un rempart implacable contre la compromission et les interférences extra-professionnelles, à commencer par celles orchestrées au sommet de l’organe de régulation.
- Accompagner les autorités : Le sacerdoce de la rigueur et le contre-exemple guinéen
L’engagement des acteurs sérieux de la presse n’a jamais fait défaut : notre volonté la plus ferme est d’accompagner les autorités dans toutes les réformes structurelles et vertueuses pour le pays. Mais cet accompagnement exige une exemplarité irréprochable que certains gestionnaires publics ou associatifs ont malheureusement piétinée.
À titre de comparaison lumineuse, prenons l’exemple de la gestion au sein de l’AG UEMOA, où le président sortant, loin de céder à la tentation de l’enrichissement personnel, n’a pas touché aux fonds de l’institution, préférant se battre pour laisser un bilan élogieux et magnifier son mandat. En Guinée, hélas, le constat est souvent amer : face à la manne publique ou aux responsabilités, le premier réflexe de certains dirigeants semble être la dilapidation et la course aux privilèges.
Regardons ailleurs pour mesurer le chemin qui nous reste à parcourir. Dans des pays frères comme la Côte d’Ivoire, les patrons de presse gèrent leurs entreprises avec professionnalisme et s’en sortent dignement. Leurs débats actuels démontrent, si besoin en était, qu’ils se placent largement en tête de l’Afrique francophone, incarnant une génération de jeunes patrons dignes de la relève. À l’inverse, en Guinée, un prétendu “patron de presse” perd toute légitimité lorsqu’il troque sa casquette d’éditeur indépendant pour se greffer aux institutions, manipuler les structures faîtières et siphonner les subventions pour financer sa propre radio ou nourrir des ambitions personnelles — à moins, bien sûr, que son entreprise médiatique ne s’en sorte par la seule force de son travail, ce qui est loin d’être le cas des structures sous perfusion.
- Ce que couve réellement le président de la HAC : Anatomie d’un plan machiavélique
Pendant que la presse indépendante authentique lutte pour survivre par la qualité de son contenu et la rigueur de ses parutions, la Haute Autorité de la Communication (HAC), sous la férule de son président Boubacar Yacine Diallo, semble s’éloigner dangereusement de ses missions régaliennes pour couver des desseins inavoués.
Les agissements récents de la HAC ne relèvent plus de la simple bévue administrative, mais d’une stratégie mûrement réfléchie visant à remodeler le paysage médiatique à sa botte :
- La fabrication d’une légitimité artificielle : Incapable de tolérer l’indépendance de l’AGEPI historique — dont le bureau légitime est issu du congrès du 29 novembre 2025 et conforté par des décisions de justice —, le président de la HAC a ourdi un plan de substitution. En offrant le 24 septembre 2026 la salle de conférences de son institution pour accoucher d’une structure fantoche baptisée « AGEPI-Renouveau », il tente d’imposer un syndicat de pacotille dévoué à ses ordres.
- Le mépris du journalisme de fond : Ayant lui-même échoué par le passé à maintenir en vie son propre journal L’Enquêteur (faute de contenu fiable et par excès de dépenses), le patron de la HAC nourrit une rancœur tenace contre la presse écrite de qualité. Sa fixation obsessionnelle depuis fin 2023 pour raboter les subventions de la presse écrite au profit de l’audiovisuel — allant jusqu’à imposer qu’elle ne dépasse pas celle d’une seule radio — trahit une volonté manifeste d’étouffer le format papier.
- Le triomphe du “copier-coller” et du clientélisme : En se basant sur des critères purement quantitatifs (comme brandir 17 structures fantoches, dont certaines affichent des doublons honteux de contenu) pour écarter les vrais géants de l’information originale (tels que les groupes L’Indépendant, Le Lynx, ou les journaux : Le quotidien La République, Le Populaire, Le Bingo, La Nouvelle Tribune, Le Diplomate, La Nouvelle, Le Baobab, Le Journal d’Afrique, Le Standard, Le Punch… et tous les magazines), la HAC protège les médiocrités. Elle couve un système où l’on émarge aux aides publiques sans rien produire, tout en menaçant de représailles ceux qui osent dire la vérité.
- Nul n’est au-dessus de la loi : Le combat continue
La gestion opaque de l’ancienne équipe (marquée par les détournements des fonds du RAVEC, du référendum, de la présidentielle et le pillage des cotisations de la secrétaire) trouve curieusement un écho protecteur auprès de ceux qui devraient veiller à l’éthique du secteur.
Mais qu’on se le tienne pour dit : il n’y a pas de fatalité dans ce sadisme institutionnel. La lumière crue mise sur ces agissements prouve que la corporation ne courbera pas l’échine. Dans le sillage de la rigueur républicaine prônée par les autorités du pays, la presse indépendante continuera de se battre, de s’opposer à l’usurpation et de rappeler qu’un régulateur n’est pas un entrepreneur occulte d’associations concurrentes.
La vérité triomphera, car dans une République digne de ce nom, nul n’est au-dessus de la loi.
Kéfina Diakité










