La liberté associative et l’indépendance des organisations professionnelles traversent une zone de turbulences inédite en République de Guinée. À travers une lettre ouverte poignante adressée au Président de la République, le Bureau exécutif de l’Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante (AGEPI), conduit par son président Mamadou Aliou Diakité, monte au créneau pour dénoncer les agissements pour le moins troublants de Monsieur Boubacar Yacine Diallo, président de la Haute Autorité de la Communication (HAC).
Une ingérence administrative caractérisée dans une association privée
Issu d’un congrès extraordinaire tenu le 29 novembre 2025 à la suite du blocage de l’ancienne équipe, le Bureau exécutif actuel de l’AGEPI a fait l’objet d’un contentieux judiciaire dont les juridictions compétentes ont fini par trancher, après plus de dix mois de procédures, en rendant plusieurs décisions favorables à sa légitimité.
Pourtant, au mépris de la chose jugée, le président de la HAC a convoqué les différents acteurs sous le prétexte fallacieux d’échanger sur « le fonctionnement de l’AGEPI ». Loin d’une simple médiation, cette rencontre s’est transformée en une tentative manifeste d’immixtion :
- Une pression pour une fusion ubuesque : Le président de la HAC a suggéré de fusionner les deux camps, proposant même au président légitime de l’AGEPI de se contenter d’un poste de vice-président.
- Des menaces à peine voilées : Face au refus de céder à cet arrangement extra-judiciaire, le président de la HAC a menacé de rendre publiques les listes des bénéficiaires des subventions de l’État en guise de représailles.
Du rôle de régulateur à l’enfantement d’une structure concurrente
La ligne rouge a été franchie le 24 septembre 2026. Joignant la parole aux actes, le président de la HAC a mis la salle de conférences de son institution institutionnelle à la disposition d’un groupe dissident pour y organiser un congrès, donnant naissance à une structure baptisée « AGEPI-Renouveau ».
En agissant de la sorte, une autorité publique de régulation s’arroge le droit de participer activement à la création, à l’hébergement et à la promotion d’une organisation privée concurrente, allant jusqu’à prétendre la substituer à l’AGEPI historique fondée en 1993. Une telle démarche s’inscrit en totale contradiction avec les principes fondamentaux de neutralité, d’impartialité et de respect de la séparation des pouvoirs.
Le rappel des textes et de la loi
L’AGEPI rappelle avec force que son fonctionnement est régi par ses propres statuts et règlement intérieur, lesquels ne conditionnent en rien l’éligibilité ou l’appartenance à l’association au bénéfice d’une subvention publique.
De surcroît, la participation active d’un agent public dirigeant une institution de régulation à la mise en place d’une structure privée interroge au regard de la Loi L/2019/0027/AN portant Statut général des agents de l’État, qui encadre strictement les conflits d’intérêts et les interférences de nature à compromettre l’indépendance de la fonction.
Appel pressant à l’arbitrage suprême
Face à cette dérive qui menace le pluralisme médiatique et la liberté d’association, l’AGEPI en appelle solennellement à l’arbitrage du Chef de l’État. Le message est clair : un régulateur doit garder une stricte impartialité, se tenir à l’écart des luttes intestines des associations privées et veiller scrupuleusement au respect des décisions de justice. La presse indépendante guinéenne ne demande aucun privilège, seulement le droit de vivre et de travailler dans le strict respect des lois de la République.
Mamadou Aliou Diakité, Président de l’AGEPI










