La crise profonde que traverse aujourd’hui l’Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante (AGEPI) ne relève pas du hasard ni d’un simple désaccord de surface. Elle plonge ses racines dans des années de truandages, d’arrangements sur mesure et de falsification des règles d’éligibilité. Les faits sont têtus et les documents parlent d’eux-mêmes : avant le début de leur gestion et l’aménagement des textes à leur profit, ni Aminata ni Soumah n’auraient pu prétendre toucher le moindre centime des subventions publiques.

  1. La magouille des parutions : Le cas flagrant de Guinée Actuelle et du Renard

Pour comprendre l’iniquité de l’ancien système, il suffit de se pencher sur les chiffres réels de production des journaux de l’époque. L’organe Guinée Actuelle, par exemple, n’avait produit que 17 parutions au lieu des exigences réglementaires normales, avant de se livrer à un tour de passe-passe en s’en rajoutant artificiellement 8 de dernière minute au moment fatidique du partage de la manne financière.

Pire encore, le document d’analyse détaille comment les règles d’accès à la subvention ont été systématiquement assouplies lors d’assemblées générales extraordinaires successives en mai et juin 2022. Ce qui devait constituer une sélection rigoureuse des professionnels de la presse s’est transformée en une scandaleuse “séance de rattrapage sur mesure” :

  • Hebdomadaires : Le seuil de parution est passé de 50% à 40% pour permettre à quatre titres supplémentaires de toucher les fonds.
  • Bimensuels : Initialement fixé à 75%, le critère a été abaissé à 66,66%. Note flagrante : cette modification profite directement à l’organe LE RENARD (porté par le sieur Soumah), crédité de 16 parutions sur 24, soit exactement 66,66%. Sans ce “rabais” réglementaire, ce titre aurait été totalement exclu.
  • Mensuels : L’exigence de 100% de parution a été bradée à 75%.
  1. Le pactole de 2022 : Plus de 762 millions en jeu et une captation de rente

Pour la seule année 2022, le montant total de la subvention allouée à l’AGEPI s’élevait à 762 313 260 GNF. Cependant, avant même la moindre répartition transparente entre les véritables journaux, une série de prélèvements obscurs a été opérée au nom du “fonctionnement” :

  • Cotisations annuelles : Un montant de 48 313 227 GNF a été prélevé directement sur la subvention globale.
  • Cas sociaux : 6 000 000 GNF ont été mis de côté.
  • Appuis aux associations : 21 000 000 GNF ont été distribués à trois entités (Distributeurs, AJPRG, UPLG) à raison de 7 millions chacune.

Cette gestion illustre une captation de rente institutionnalisée reposant sur trois piliers destructeurs :

  1. La survie des organes “fantômes” : En abaissant les seuils de parution, la direction d’alors a maintenu artificiellement sous perfusion des titres inactifs qui ne respectaient aucune périodicité.
  2. Le conflit d’intérêts permanent : Le cas de Monsieur Soumah (Le Renard) illustre à quel point les règles ont été taillées sur mesure pour servir des intérêts claniques.
  3. L’enjeu du contrôle : On comprend enfin pourquoi, en 2026, l’équipe sortante tente désespérément de bloquer l’accès au siège et de signer des protocoles parallèles : le contrôle des critères de répartition a toujours été leur unique levier pour écarter les “vrais éditeurs” et s’accaparer les ressources.

En résumé, les archives et les faits confirment que la crise actuelle de l’AGEPI n’est que la suite logique d’un système où la légalité a été piétinée pour piller l’association. La vérité finit toujours par refaire surface.

Kèfina Diakité

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