Le grand patron des correcteurs s’est éteint, laissant derrière lui le souvenir indélébile d’un esthète de la langue et d’un journaliste hors pair.

Dans le panthéon de la grande presse guinéenne, certains noms résonnent comme des signatures d’or, des sceaux d’exigence et de talent brut. Celui d’Abdoulaye Top Sylla, figure emblématique du groupe de presse L’Indépendant / Le Démocrate, s’inscrit en lettres capitales. Formé à la prestigieuse école du CESTI de Dakar, Top Sylla n’était pas seulement un journaliste de plus dans l’arène médiatique ; il était une conscience rédactionnelle, un artisan méticuleux du verbe et le redoutable mais bienveillant patron des correcteurs.

Au sein des rédactions, sa silhouette studieuse et son regard perçant commandaient le respect. Sa légende s’est bâtie au fil des bouclages, là où la rigueur légendaire de son grand frère, Aboubacar Sylla — fondateur du groupe et homme d’État aux exigences managériales reconnues —, le rattrapait inévitablement. Tandis que l’aîné, stratège et visionnaire, attendait avec impatience les articles extraordinaires et incisifs de son cadet, Abdoulaye s’attardait minutieusement sur chaque ligne, chaque accord et chaque tournure. Il endossait avec un sens aigu de la perfection le rôle de gardien du temple de la langue française, polissant les papiers des autres pour en faire des bijoux journalistiques.

Tous deux dotés d’une intelligence hors du commun, les frères Sylla incarnaient l’excellence intellectuelle. Mais chez Abdoulaye, cette brillance innée s’accompagnait d’une humilité désarmante et d’une liberté d’esprit absolue. Fier héritier, par sa lignée maternelle, de la noblesse d’un sang princier, il n’a jamais troqué sa simplicité légendaire contre les vanités de ce monde. Libre penseur, affranchi des chapelles étriquées, il maniait l’ironie fine et l’analyse subtile avec l’élégance des grands aristocrates de l’esprit.

Aujourd’hui, alors que sa plume s’est définitivement reposée, c’est toute la corporation des médias guinéens qui pleure un seigneur de la newsroom. Top Sylla nous a quittés, mais la trace indélébile de ses exigences professionnelles, de sa noblesse de cœur et de son amour viscéral pour le journalisme de qualité demeure gravée dans les mémoires.

Dors en paix, grand rédacteur. Ton nom restera à jamais attaché à l’âge d’or d’une presse indépendante et digne.

Kèfina Diakité

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