Introduction : Le règne du cynisme institutionnel
En République de Guinée, la comédie institutionnelle a atteint son paroxysme. Alors que le chef de l’État et les autorités de la transition prônent l’assainissement, la boussole de la justice et la moralisation de la vie publique, le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Boubacar Yacine Diallo, offre au peuple souverain de Guinée un spectacle d’une hypocrisie effarante.
D’un côté, il écarte méthodiquement le Bureau exécutif légitime de l’Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante (AGEPI), dirigé par Mamadou Aliou Diakité — issu du congrès du 29 novembre 2025 et fort de plusieurs décisions de justice irréfutables. De l’autre, lors de l’assemblée générale constitutive de la Fédération Patronale des Associations de Presse de Guinée (FEPAP-GUI) le 8 octobre 2026, il se pose en donneur de leçons moralisateur, scandant que « le désordre doit s’arrêter ».
Comment un régulateur peut-il, sans trembler, fustiger publiquement les « petits patrons de presse » tout en couvant en sous-main des coquilles vides et en piétinant les statuts, règlements intérieurs et décisions de justice de la plus ancienne association de presse écrite du pays ? Décryptage d’une stratégie de diversion d’un régulateur en plein conflit d’intérêts.
- L’éviction préméditée de l’AGEPI légitime du Collectif de Transparence
Pour comprendre l’imposture, il faut analyser la manœuvre d’asphyxie juridique et administrative menée par le président de la HAC contre le bureau légitime de l’AGEPI.
Alors que l’AGEPI historique dispose de statuts et d’un règlement intérieur stricts qui encadrent son fonctionnement et la qualité de ses membres, la HAC a fait le choix délibéré d’annihiler ces règles fondamentales :
- Le déni de la chose jugée : Malgré la communication exhaustive des décisions de justice confirmant la légitimité de l’équipe de Mamadou Aliou Diakité, le président de la HAC a refusé toute reconnaissance officielle du bureau légitime au sein des instances de concertation et du collectif de transparence.
- Le contournement par le favoritisme : Pour isoler les véritables éditeurs de journaux — ceux qui assument les coûts d’impression, les charges sociales, le prépresse et la chaîne de distribution —, la HAC a favorisé la création et l’hébergement au sein même de ses locaux d’une structure fantoche (« AGEPI-Renouveau »), sans représentativité, sans rédaction et sans parutions régulières.
En écartant le bureau légitime du processus de transparence et de répartition des aides publiques, le président de la HAC ne cherche pas à réguler : il cherche à sanctionner la rigueur et à mettre sous tutelle une presse écrite insoumise.
- Le spectacle de la FEPAP-GUI : Le miroir aux alouettes et la volte-face du président de la HAC
Le 8 octobre 2026, lors de l’installation de la FEPAP-GUI, le président de la HAC s’est fendu d’un discours théâtral visant les journalistes : « Chaque journaliste est devenu aujourd’hui patron avec son téléphone simplement et sa connexion Internet. Ce désordre doit s’arrêter. Il ne doit pas y avoir de complaisance ». Allant plus loin dans la surenchère financière, il a martelé : « Si tu veux être patron de presse, il faut que tu aies au minimum 4 milliards ».
Quelle audace ! Quelle ironie tragique !
- L’arroseur arrosé : Comment Boubacar Yacine Diallo peut-il exiger un capital de 4 milliards de francs guinéens pour prétendre être patron de presse, alors qu’il est lui-même le parrain exclusif de 17 soi-disant “organes” de l’AGEPI-Renouveau dont le capital cumulé ne dépasse même pas le prix d’un smartphone ?
- La promotion de l’informel par le régulateur : C’est la HAC elle-même qui a encouragé la prolifération de ces “petits patrons” sans rédaction ni personnel, en distribuant la subvention de l’État à des coquilles vides sur la base de critères bradés (seuil de parution abaissé à 40% ou 66,66% pour sauver des titres amis).
- Le miroir aux alouettes : La création en grande pompe de fédérations patronales de façade comme la FEPAP-GUI n’est qu’une opération de cosmétique institutionnelle destinée à enfumer le peuple souverain et les autorités de la transition. On crée des mégastructures d’apparence pour mieux masquer le pillage des ressources de la presse écrite et la destruction de la presse de fond.
III. Incohérence et dérive : Le gendarme devenu incendiaire
La comparaison entre le discours officiel et les actes de la HAC révèle un fossé abyssal :
- Sur le plan éthique : Le président de la HAC demande aux journalistes de travailler « comme un chirurgien en face d’un malade : avec compassion mais en incisant pour soigner ». Mais lorsque le Bureau exécutif de l’AGEPI incise au scalpel la corruption de l’ancienne gestion (détournements des fonds PN-RAVEC, falsification des parutions), la HAC sort le blâme, les menaces de chantage à la subvention et l’exclusion !
- Sur le plan juridique : Le régulateur viole ouvertement la Loi L/2019/0027/AN sur le Statut général des agents de l’État en s’immisçant dans la création, la promotion et le parrainage d’organisations privées concurrentes.
Conclusion : La vérité contre le vernis institutionnel
Le peuple souverain de Guinée et les autorités du pays ne se laisseront pas duper par les artifices de langage. On ne peut pas crier au « désordre » le matin et fabriquer des syndicats d’imposteurs l’après-midi. On ne peut pas exiger 4 milliards d’investissements pour la presse tout en affamant les vraies entreprises de presse écrite qui luttent pour maintenir leurs journalistes en activité.
L’AGEPI légitime, forte de ses statuts, de la légalité républicaine et de la vérité de ses parutions, continuera de se dresser contre cette mascarade. La HAC doit retourner à ses missions strictes de régulation et cesser de faire de l’ingérence associative son fonds de commerce. La loi et la rigueur du papier l’emporteront toujours sur les illusions d’un jour.
Mamadou Aliou Diakité
Président de l’AGEPI
