INCROYABLE, MAIS VRAI !
Le Bureau Exécutif de l’Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante (AGEPI) dénonce ce qu’il considère comme une tentative de remise en cause de l’existence et de l’autonomie de l’association, au profit d’une nouvelle organisation professionnelle de presse présentée comme étant en cours de création sous le nom d’AGEPI-R.
Face à cette situation, le Bureau Exécutif de l’AGEPI, conduit par son président, Mamadou Aliou Diakité, adresse une lettre ouverte au Président de la République, dans laquelle il expose sa version des faits et interpelle les autorités compétentes sur les enjeux liés à l’avenir de l’association.
Nous vous livrons l’intégralité de cette lettre ouverte, suivie de la vidéo relative à la création de cette nouvelle association de presse, dont les images ont été enregistrées dans les locaux de la Haute Autorité de la Communication (HAC).
Une affaire qui soulève de nombreuses interrogations sur l’indépendance des organisations professionnelles de presse et sur le rôle des institutions chargées de réguler le secteur de la communication en Guinée.
Conakry, le 28 septembre 2026
LETTRE OUVERTE
A
S.E. Monsieur le
Président de la République, Chef de l’État
Objet : Dénonciation de l’intervention du président
de la HAC dans les affaires internes de
l’AGEPI et demande d’arbitrage
S.E. Monsieur le Président,
C’est avec une profonde préoccupation que je prends aujourd’hui la plume, en ma qualité de président de l’Association Guinéenne des Éditeurs la Presse Indépendante (AGEPI), cette première organisation de presse privée dans notre pays, pour porter à votre connaissance une situation que nous considérons comme particulièrement grave pour l’avenir de notre organisation professionnelle et, au-delà, pour le respect des principes qui régissent les associations et l’État de droit.
Il s’agit notamment de l’intervention du président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Monsieur Boubacar Yacine Diallo, dans le fonctionnement et les affaires internes de notre association.
- De l’ingérence dans les affaires internes de l’AGEPI
S.E. Monsieur le Président,
Le Bureau exécutif que j’ai l’honneur de diriger, composé de sept membres, est issu d’un congrès extraordinaire de l’AGEPI tenu le 29 novembre 2025, à la suite du refus de la présidente sortante d’organiser le congrès ordinaire à l’issue de son mandat.
A la suite de ce renouvellement, un contentieux judiciaire nous a opposés à l’ancienne équipe dirigeante, notamment autour de la légitimité des organes de l’association.
Après plus de dix mois de procédures judiciaires, plusieurs décisions ont été rendues en faveur de notre Bureau. Nous avons donc toujours considéré.
que les différends internes à l’AGEPI devaient être réglés conformément à nos statuts, à notre règlement intérieur et aux décisions des juridictions compétentes.
C’est dans ce contexte que nous avons reçu une invitation du président de la HAC à une rencontre présentée comme devant porter sur « le fonctionnement de l’AGEPI ».
Nous nous sommes donc rendus à cette rencontre dans un esprit d’ouverture et de dialogue.
Notre surprise a toutefois été grande de constater que l’autre groupe de
notre association avait également été convié à cette réunion, transformant ainsi ce qui nous avait été présenté comme une rencontre d’échanges en une confrontation entre deux groupes.
Plus surprenant encore, au cours des échanges, le président de la HAC m’a demandé si j’étais journaliste.
Cette question nous a étonnés, d’autant plus que Monsieur Boubacar Yacine Diallo a lui-même dirigé l’AGEPI par le passé et connaît donc parfaitement la nature de cette organisation, qui regroupe des éditeurs de journaux employant naturellement des journalistes.
La situation a pris une autre dimension lorsqu’il a proposé, au cours de la rencontre, une fusion des deux bureaux, en indiquant notamment que je pourrais devenir vice-président.
Pour notre part, nous avons rappelé que nous nous en remettions aux décisions rendues par les juridictions compétentes.
A la suite de cette réponse, le président de la HAC a déclaré qu’il mettrait la salle de conférence de son institution à la disposition de l’autre groupe pour organiser un congrès et que cette nouvelle structure deviendrait, à terme, la plus représentative.
Il a également évoqué la possibilité de rendre publique la liste des bénéficiaires des subventions de l’État si notre Bureau venait à le mettre en cause dans la presse.
Nous avons été profondément préoccupés par de telles déclarations, qui nous paraissent dépasser le cadre des prérogatives d’une autorité de régulation de la communication.
- L’AGEPI dispose de ses propres statuts et règlements
S.E. Monsieur le Président,
L’AGEPI dispose de statuts et d’un règlement intérieur qui encadrent son fonctionnement depuis sa création.
A notre connaissance, aucune disposition de ces textes ne conditionne la qualité d’électeur ou l’éligibilité au sein de l’association au bénéfice préalable d’une subvention publique.
Le fait, pour un éditeur ou une organisation de presse, de ne pas avoir bénéficié d’une subvention de l’État ne saurait, en lui-même, constituer un motif d’exclusion de la vie associative.
Nous estimons donc que les questions relatives à la représentativité, à l’adhésion, à l’éligibilité et au renouvellement des organes de l’AGEPI doivent être réglées conformément aux textes qui régissent notre association et, en cas de litige, par les juridictions compétentes.
3.L’organisation d’un congrès concurrent dans les locaux de la HAC
S.E. Monsieur le Président,
Comme cela nous avait été annoncé lors de la rencontre avec le président de la HAC, un congrès de l’autre groupe a effectivement été organisé le jeudi 24 septembre 2026 dans la salle de conférences de la Haute Autorité de la Communication.
A cette occasion, le président de la HAC a présenté cette nouvelle structure sous la dénomination « AGEPI-Renouveau ».
Nous sommes particulièrement préoccupés par l’utilisation d’une appellation aussi proche de celle de notre association, dans la mesure où elle est susceptible de créer une confusion auprès de nos membres, de nos partenaires institutionnels et de nos partenaires techniques et financiers.
Plus grave encore, nous avons été informés que le président de la HAC a déclaré que cette nouvelle association se substituerait désormais à l’AGEPI dans l’exercice de ses prérogatives. (Nous avons en notre possession les vidéos de cette rencontre).
Si ces déclarations sont confirmées, elles soulèveraient une question fondamentale : une autorité administrative de régulation peut-elle décider de la disparition, de la substitution ou du remplacement d’une association professionnelle légalement constituée et dont le fonctionnement fait par ailleurs l’objet de décisions judiciaires ?
Depuis sa création, en 1993, l’AGEPI a connu plusieurs présidents. Jamais, à notre connaissance, il n’a été question de supprimer l’association ou de la remplacer par une autre structure.
Nous sollicitons donc respectueusement votre arbitrage afin que soient clarifiées les responsabilités et les prérogatives de chacune des institutions concernées.
- Respect des décisions de justice
S.E. Monsieur le Président,
Nous sommes d’autant plus préoccupés par cette situation que notre Bureau a régulièrement communiqué à la HAC les documents relatifs au contentieux judiciaire qui nous oppose à l’ancienne équipe dirigeante.
A la demande du secrétariat du Collège des commissaires de la HAC, nous avons également transmis les documents judiciaires sollicités.
Plus récemment, nous avons personnellement transmis au président de la HAC un mémorandum accompagné des différents documents permettant de comprendre l’évolution de cette affaire.
Nous avons donc du mal à comprendre qu’une autorité administrative puisse, après avoir pris connaissance de ces éléments, entreprendre une démarche susceptible de remettre en cause les effets des décisions rendues par les juridictions compétentes.
Nous ne demandons à aucune institution de prendre parti dans notre différend.
Nous demandons simplement que les décisions de justice soient respectées et que les éventuels désaccords soient soumis aux voies et procédures prévues par la loi.
- La question de la création d’une structure privée par un responsable public
S.E. Monsieur le Président,
Une autre question mérite, à notre sens, d’être clarifiée.
Il s’agit de la participation du président de la HAC à la création et à la mise en place d’une nouvelle organisation professionnelle regroupant des entreprises de presse privée, alors même qu’il exerce une fonction publique de régulation du secteur de la communication.
Nous avons entrepris des recherches sur le cadre juridique applicable aux
agents publics.
La Loi L/2019/0027/AN, portant Statut général des agents de l’État, contient notamment des dispositions relatives aux intérêts privés susceptibles de compromettre l’indépendance d’un agent public, notamment lorsqu’ils concernent une entreprise soumise au contrôle de son administration ou service.
La question qui se pose est donc celle de savoir si la participation active d’un responsable public chargé de réguler un secteur à la La question qui se pose est donc celle de savoir si la participation active d’un responsable public chargé de réguler un secteur à la création et à la promotion d’une organisation privée regroupant des opérateurs de ce même secteur est compatible avec les obligations d’indépendance et de réserve attachées à sa fonction.
Nous sollicitons, sur ce point également, une clarification des autorités compétentes, afin d’éviter toute interprétation erronée du cadre légal.
- Pour une nouvelle régulation de la communication en Guinée
S.E. Monsieur le Président,
Notre espoir repose également sur la réforme institutionnelle annoncée dans le domaine de la communication.
Le projet de nouvelle Constitution prévoit, à son article 176, la création de la Commission de Régulation de la Communication et de l’Audiovisuel (CRCA).
Nous souhaitons que cette nouvelle institution puisse incarner une régulation moderne, indépendante, professionnelle et respectueuse de la liberté de la presse ainsi que de la diversité des acteurs du secteur.
Nous pensons que la Guinée a besoin d’une nouvelle génération de régulateurs capables d’accompagner le développement du secteur de la communication, d’attirer davantage d’investissements et de favoriser un environnement professionnel plus sain.
Nous appelons également de nos vœux une clarification des situations de mandat au sein des institutions de régulation afin que celles-ci puissent exercer leurs missions dans toute la légitimité et la sérénité nécessaires.
Comme le rappelle un principe bien connu dans le domaine de la communication :
Réguler est nécessaire, mais la régulation doit toujours préserver la liberté de la presse et le pluralisme.
- Notre demande à Votre Excellence
S.E. Monsieur le Président,
Au regard de ce qui précède, nous sollicitons respectueusement votre arbitrage afin que :
- Les décisions des juridictions compétentes relatives au contentieux de l’AGEPI soient respectées ;
- Les affaires internes de notre association soient réglées conformément à ses statuts et à son règlement intérieur ;
- Les prérogatives respectives de la HAC, du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation et des autres autorités compétentes soient clairement distinguées ;
- Soit clarifié le cadre juridique permettant à un responsable public chargé de la régulation d’un secteur de participer à la création ou à la promotion d’une organisation privée relevant de ce même secteur ;
- Et que soient préservés les principes de liberté d’association, de pluralisme et de liberté de la presse. Nous ne sollicitons aucun privilège.
Nous demandons simplement que l’AGEPI, comme toute organisation professionnelle, puisse fonctionner librement dans le respect de ses textes, des lois de la République et des décisions de justice.
Nous demeurons convaincus que Votre Excellence saura apporter à cette situation l’attention nécessaire et contribuer à préserver la paix, la stabilité et le pluralisme au sein de la presse guinéenne.
Dans l’espoir de compter sur votre haute attention et votre arbitrage, veuillez agréer, S.E. Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.
Le Président de l’AGEPI
Mamadou Aliou Diakité
Ampliations :
- Monsieur le Premier Ministre ;
- Monsieur le Ministre de la Communication, de l’Economie Numérique
et de l’Innovation ;
- Madame la Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation ;
- Monsieur le Président de la Haute Autorité de la Communication
(HAC).
Monsieur le Ministre la Justice, Garde des Sceaux
