La Guinée a dit adieu à l’une de ses figures les plus marquantes et les plus controversées de ces trois dernières décennies. Elhadj Mamadou Sylla, l’homme que l’on surnommait tour à tour « Sylla Patronat » ou « Sylla Futurelec », s’est éteint paisiblement le jeudi 16 avril 2026 à son domicile de Dixinn Bora. Après un hommage national au Palais du Peuple le 19 avril, il a rejoint sa dernière demeure le lundi 20 avril dans sa terre natale de Boké.
Le destin scellé par les fusils de chasse
Le parcours de celui qui allait devenir le « Président de la République Économique » a basculé au début des années 2000, lors des incursions rebelles aux frontières du pays. À l’époque, simple entrepreneur inconnu, Mamadou Sylla voit ses stocks de fusils de chasse réquisitionnés par l’État pour faire face à la menace. Cette rencontre fortuite avec le Conseil de Sécurité le propulse dans l’intimité du Président Lansana Conté.
Grâce à cette proximité, il décroche un marché militaire historique de 22 millions d’euros, jetant ainsi les bases de son empire, la Holding Futurelec. Sous l’aile protectrice du Général Conté, il devient le bâtisseur privilégié, multipliant les filiales dans l’automobile, le BTP, l’industrie et le transport.
L’homme des grands marchés et des grandes crises
Pendant quatre ans, de 2000 à 2004, le Groupe Futurelec règne sans partage sur les marchés publics guinéens. Nommé par décret à la tête du Conseil National du Secteur Privé Guinéen, Mamadou Sylla devient l’interlocuteur incontournable, obligeant les plus grands opérateurs économiques à une forme d’allégeance.
Cependant, cette ascension fulgurante n’a pas été sans remous. L’article d’Abdoulaye Condé rappelle les épisodes marquants de sa gestion, notamment la cession controversée d’Air Guinée, où le prix de vente a été arbitrairement fixé à 5 millions de dollars par le Président Conté lui-même, malgré les réserves techniques.
Un acteur politique redoutable
Mamadou Sylla n’était pas seulement un homme d’affaires ; il était un stratège politique capable de faire tomber des gouvernements. L’auteur souligne son rôle déterminant dans le limogeage spectaculaire du Premier ministre Cellou Dalein Diallo le 5 avril 2006, invoquant une « faute lourde » pour justifier un décret signé au Petit Palais dès l’aube.
Après la mort de son mentor Lansana Conté, Mamadou Sylla a su se réinventer en politique à la tête de l’UDG, devenant même Chef de file de l’opposition.
L’héritage d’un baromètre de l’opportunisme
Pour Abdoulaye Condé, qui a côtoyé l’homme pendant des décennies, Mamadou Sylla restera un baromètre de l’opportunisme guinéen. Tour à tour sauveur de la République et cible des réformes d’assainissement, il a su naviguer entre les régimes, de la gloire absolue chez Lansana Conté jusqu’aux repositionnements sous Alpha Condé.
Avec son décès, c’est une page de l’histoire économique et politique de la Guinée, faite de bruits, de fureur et d’une influence sans précédent, qui se referme définitivement.
Synthèse de Mamadou Aliou Diakité, journaliste éditorialiste et analyste sociopolitique et économique.










