Le monde des médias guinéens est en deuil. Abdoulaye Sankara, plus connu sous le pseudonyme affectueux d’« Abou Maco », a tiré sa révérence, laissant derrière lui une corporation orpheline de l’une de ses signatures les plus prestigieuses et les plus audacieuses.
Un monument de la “Belle Époque” de la presse écrite
Parler d’Abdoulaye Sankara et de Thiernodjo Diallo, l’illustre « Bebel », c’est évoquer une épopée où le journalisme de presse écrite en Guinée était un sacerdoce, un combat de chaque instant pour la vérité et la démocratie. Abou Maco et Bebel n’étaient pas seulement des rapporteurs de faits ; ils étaient des analystes fins, des stylistes de la langue française et des témoins privilégiés des soubresauts de l’histoire contemporaine de notre pays.
Leurs disparitions laissent un vide immense, mais leurs héritages demeurent gravés dans les colonnes jaunies des archives et dans l’esprit des milliers de lecteurs qu’ils ont informés, formés et parfois bousculés par la force de leurs verbes.
L’indissociable duo : Maco et la légende Bebel
On ne peut décemment parler de Maco sans évoquer Bebel. Ce dernier reste l’une des plus grandes plumes de l’histoire de la presse écrite de notre pays. Dans le milieu fermé des grands rédacteurs, une vérité demeure : Bebel était le seul qu’on ne corrigeait pas. Son style était d’une telle pureté, sa syntaxe d’une telle précision, que même les secrétaires de rédaction les plus pointilleux posaient leur stylo rouge devant sa copie. Cette exigence de perfection, partagée par Maco, a forgé le respect immense que la nation porte aujourd’hui à ces deux géants.
L’Indépendant : Le creuset de l’excellence
Il est impossible, voire intellectuellement malhonnête, d’évoquer les géants de la presse écrite guinéenne sans faire une escale prolongée au sein du groupe de presse L’Indépendant. C’est là, dans cette véritable « pépinière de talents », qu’Abou Maco, Bebel et leurs pairs se sont frayé une place au soleil pour briller de mille feux.
À une époque où tout était à construire, L’Indépendant a servi de boussole et de laboratoire. C’est dans ce groupe que de nombreuses plumes, aujourd’hui éminentes, ont appris à affûter leurs arguments. On ne peut contourner cette institution sans manquer une part essentielle de l’ADN médiatique de la Guinée.
Le Leadership d’Aboubacar Sylla : Le mentorat de l’ombre
Si ces journalistes ont pu atteindre de tels sommets, c’est aussi grâce au leadership visionnaire d’Aboubacar Sylla. Sous sa direction, le groupe de presse est devenu une école de rigueur et d’indépendance :
- Aboubacar Sylla a su créer un environnement où le talent pouvait éclore sans entrave.
- Il a permis à des journalistes comme Abou Maco et Bebel de transformer leur passion en une expertise reconnue nationalement.
- Le “style L’Indépendant”, mélange d’impertinence constructive et de professionnalisme, reste aujourd’hui une référence absolue.
Le dernier hommage à un “As” de l’info
Abdoulaye Sankara emporte avec lui une part de l’histoire du journalisme guinéen, mais il laisse une voie tracée pour la jeune génération. Il a prouvé que la presse écrite, malgré les tempêtes numériques, reste le socle de la pensée structurée.
Aujourd’hui, la corporation salue non seulement le collègue, mais aussi le grand frère, l’ami et le guide. Que la terre de Guinée, qu’il a tant aimée et si bien décrite, lui soit légère.
Kèfina Diakité










