Accueil A la une La « Jurisprudence AGEPI » ou le crépuscule du mercenariat médiatique (Analyse)

La « Jurisprudence AGEPI » ou le crépuscule du mercenariat médiatique (Analyse)

Le délibéré attendu pour le 25 mars prochain au Tribunal de Première Instance (TPI) de Kaloum ne sera pas seulement un verdict entre deux hommes. L’affaire Aminata Camara contre Mamadou Aliou Diakité s’annonce comme le procès d’un système de prédation. En invoquant la « Justice Boussole », le tribunal s’apprête à siffler la fin d’une ère où les intérêts mercantiles prenaient en otage les institutions professionnelles sous un vernis de légitimité factice.

Le naufrage social : 5 mois de loyer et 9 mois de salaire impayés

Au-delà des débats de fond, les chiffres parlent d’eux-mêmes et révèlent une gestion à l’abandon, du jamais vu à l’AGEPI. Comment peut-on s’accrocher au trône alors que les fondamentaux de l’association s’effondrent ?

  • Le siège social accuse 5 mois d’arriérés de loyer, mettant l’institution sous la menace d’une expulsion.
  • La secrétaire, véritable pilier administratif, cumule 9 mois de salaires impayés.

Cette faillite sociale prouve que l’argent, lorsqu’il était disponible, n’a jamais servi à la vie de l’association. Il a été systématiquement détourné par un clan qui se comporte en prédateur, laissant les charges élémentaires et le facteur humain sur le carreau.

Confusion de rôles : L’excuse bidon des « journalistes occupés »

À la barre, l’argumentaire d’Aminata Camara a frisé le ridicule. Elle a tenté de justifier la prorogation illégale de son mandat en affirmant que les « journalistes étaient trop occupés par la préparation de la présidentielle ».

C’est oublier, ou feindre d’ignorer, que l’AGEPI est une association d’éditeurs (Patrons de presse) et non un syndicat de journalistes. Un patron n’attend pas ses employés pour organiser sa propre assemblée élective. Ce clan d’infiltrés, auto-désignés « journalistes » pour les besoins de la cause, a tenté de transformer une instance de décision économique en un club social. Finalement, pressée par le temps et constatant qu’il n’y avait aucune manne financière à espérer de l’investiture du 17 janvier, elle a organisé son propre simulacre de congrès le 16 janvier 2026, sans plus se soucier de ses prétendus « journalistes occupés ».

La stratégie du « Mandat élastique » : Entre campagne et subvention

Pourquoi Aminata Camara a-t-elle été la seule à refuser de passer la main dans les délais, contrairement à toutes les autres associations professionnelles ? La réponse est bassement pécuniaire :

  1. L’argent de la campagne : En jouant la montre, son clan a réussi à mettre la main sur les fonds alloués à la campagne présidentielle, un « hold-up » qui a laissé un goût amer aux véritables éditeurs.
  2. Le pari manqué sur la subvention : Le plan prévoyait de monopoliser la subvention annuelle de l’État. Mais la réalité l’a rattrapée : l’aide publique a été fragmentée entre les deux clans et la seconde association (AGEPE), asséchant le trésor de guerre qu’elle espérait verrouiller.

Le procès d’un système : « Le non-droit réclame le droit »

Le procureur Millimono a parfaitement résumé la situation : « Nous sommes dans une affaire où le non-droit réclame le droit ». En invoquant les statuts (notamment l’article 12, alinéa 5), il a rappelé que la légitimité appartient à la majorité (38 signataires sur 50).

Comme l’a martelé Me Roland Bangoura, ce procès est celui du « système du troisième mandat » transposé au monde médiatique. Organiser un congrès dans une école primaire — faute d’accès à des bureaux verrouillés par la sortante — est devenu l’acte héroïque d’une presse qui refuse d’être une vache à lait pour un clan de parasites.

Conclusion : La boussole indique la sortie

Si le 25 mars confirme les réquisitions de relaxe, ce sera un séisme pour les « présidents à vie » de Guinée. Le message est clair :

  • Fin de l’impunité pour ceux qui confondent caisse sociale et poche personnelle.
  • Respect des statuts au-dessus des calendriers financiers.
  • Retour à l’ordre : les éditeurs gèrent, les journalistes informent.

La « carotte est cuite » pour le clan des infiltrés. La justice s’apprête à rendre l’AGEPI à ses véritables propriétaires : les patrons de presse engagés.

La Rédaction

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