Analyse — Le Tribunal de Première Instance (TPI) de Kaloum a été le théâtre, ce mercredi 4 mars 2026, d’un moment de vérité qui fera date dans les annales de la presse guinéenne. Au cœur du débat : l’affaire d’usurpation de titre intentée par Aminata Camara contre Mamadou Aliou Diakité. Mais au-delà des noms, c’est le procès d’une certaine gestion de la “chose associative” qui s’est joué, sous l’œil d’une justice qui semble enfin vouloir jouer son rôle de boussole.
Le réquisitoire du Procureur : Le « Non-Droit » démasqué
Le coup de tonnerre est venu de là où on ne l’attendait pas forcément avec autant de vigueur : le banc du Ministère Public. Le Procureur Millimono, dans une démonstration de clarté juridique, a littéralement douché les espoirs de la plaignante. En lançant un cinglant « Monsieur le président, nous sommes dans une affaire où le non-droit réclame le droit », il a immédiatement placé le curseur sur l’éthique et le respect des textes.
Pour le magistrat, l’âme de l’AGEPI réside dans ses statuts, trop longtemps violés par « habitude ». En s’appuyant sur l’article 12, alinéa 5, il a validé la légitimité de la fronde des éditeurs :
- La force du nombre : Une pétition de 38 signataires sur une cinquantaine de membres.
- La légalité temporelle : Un congrès tenu le 29 novembre 2025, soit six jours après l’expiration légale du mandat d’Aminata Camara.
- La transparence : Un constat d’huissier attestant des locaux fermés, obligeant la tenue du congrès dans une école primaire, un acte de résistance symbolique pour la survie de l’association.
Le verdict du procureur est sans appel : relaxe pure et simple pour délit non constitué.
Me Roland Bangoura : Le procès du « Syndrome du Troisième Mandat »
Prenant le relais, l’avocat de la défense, Maître Roland Désiré Bangoura, a porté le débat sur un terrain plus global et politique. Pour lui, l’affaire AGEPI n’est que la métaphore d’un mal guinéen plus profond : l’obsession de l’éternité au pouvoir.
« C’est le procès de ceux qui, à la tête des institutions ou des États, pensent qu’ils sont les seuls. C’est ce qui nous a amenés ici au troisième mandat », a-t-il martelé.
L’avocat a méthodiquement déconstruit l’argument de la « prorogation » de mandat improvisée le 14 novembre par seulement 13 participants. Son constat est chirurgical : nulle part les statuts ne mentionnent une quelconque possibilité de prorogation. En d’autres termes, après le 23 novembre 2025, l’ancienne équipe n’était plus qu’un fantôme institutionnel sans base légale.
L’effondrement d’une stratégie : Le silence et l’absence
Un détail n’a pas échappé aux observateurs : l’absence répétée (pour la 4ème fois) de Maître Salifou Beavogui, avocat de la partie civile. Une désertion qui a poussé la plaignante à vouloir plaider sa propre cause, une situation qualifiée de « curieuse » par l’assistance. Ce vide laissé par la défense d’Aminata Camara ressemble à un aveu d’impuissance face à l’évidence des faits.
Conclusion : La boussole indique la sortie
L’affaire est mise en délibéré pour le 25 mars prochain. Mais le vent a déjà tourné. En refusant de cautionner l’illégalité travestie en droit, le procureur et la défense ont tracé les contours de ce que doit être la « Justice Boussole » prônée par les autorités de la transition : une justice qui ne cède pas aux « forces extérieures » ni aux « tentations », comme l’a sagement rappelé Me Bangoura.
À l’AGEPI, l’ère du parasitisme et des mandats élastiques semble toucher à sa fin. Le 25 mars ne sera pas seulement le jour d’un verdict, mais celui, espérons-le, de la libération définitive d’une institution clé pour la liberté de la presse en Guinée.
La carotte, semble-t-il, est bel et bien cuite.
Gamalo & Kèfina Diakité
