Conakry, le 3 mars 2026 – Alors que le tribunal s’apprête à se pencher demain sur le dossier brûlant de l’Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante (AGEPI), l’agitation est à son comble. Entre promesses mirifiques et stratégies de survie, les coulisses de l’association ressemblent désormais à un champ de bataille où l’éthique semble avoir été sacrifiée sur l’autel des intérêts financiers.
Une « tournée de la lune » pour masquer le vide
Depuis quelques jours, un ballet incessant anime les rédactions. Le clan de l’ancienne présidente Aminata Camara et son « dauphin » désigné ont entamé une tournée marathon auprès des éditeurs, notamment ceux proches du clan Diakité. L’objectif ? Convaincre, rassurer, mais surtout promettre.
Selon plusieurs témoignages internes, ces émissaires multiplieraient les engagements faramineux : garanties de financement, postes d’influence et accès privilégiés. Une stratégie que beaucoup qualifient de « politique de la lune », tant les promesses semblent déconnectées de la réalité juridique et financière de l’association.
Le spectre de la dépendance : Les « parasites » de la subvention ?
Au cœur de cette guerre fratricide se trouve le nerf de la guerre : l’aide publique à la presse. Pour de nombreux observateurs critiques, le clan Aminata est engagé dans une lutte existentielle. L’accusation est lourde : privés de la gestion de ces subventions, ces acteurs ne seraient que des « parasites » incapables de faire vivre une structure de presse par la seule force de leur modèle économique.
« Sans le détournement ou le contrôle de ces aides, ils n’existent plus. C’est leur oxygène, leur seule raison d’être dans le paysage médiatique », peste un éditeur de la place, las de ces querelles de clocher.
L’enjeu n’est donc pas la liberté de la presse ou l’amélioration des conditions de travail des journalistes, mais bien le contrôle de la cagnotte. Une survie qui dépendrait entièrement de la capacité à « capter » l’aide de l’État, quitte à marcher sur les textes réglementaires de l’AGEPI.
L’audience de demain : Le jour de vérité
Toutes les manœuvres de coulisses convergentes vers une date : demain. L’audience judiciaire prévue est perçue comme le moment de vérité qui pourrait mettre fin à cette transition tumultueuse. Pour les partisans de la légalité, il s’agit de déloger ceux qui tiennent l’association en otage pour des intérêts purement mercantiles.
Le clan Aminata joue son va-tout. Cette offensive de dernière minute auprès des éditeurs est perçue comme un aveu de faiblesse : quand on n’a plus d’arguments juridiques, on tente d’acheter ou de séduire les consciences.
La presse guinéenne, déjà fragilisée par un contexte économique difficile, regarde avec amertume ce spectacle. L’AGEPI, censée être le bouclier des éditeurs, est devenue le théâtre d’une lutte de survie pour un clan dont la crédibilité ne tient plus qu’à un fil… et à une subvention.
Kèfina Diakité