Rencontre avec Mamadou Kaba, dit “M.K”, chauffeur de poids lourd depuis 22 ans sur l’axe Conakry-Kankan. Entre deux chargements au port sec, il nous livre son regard sur la transformation des infrastructures.
Kèfinafasso.com: Mamadou, vous faites ce trajet depuis plus de deux décennies. Quel est le changement le plus flagrant pour vous en ce début d’année 2026 ?
Mamadou Kaba : C’est simple : mon corps ne me fait plus mal le soir (rires). Plus sérieusement, c’est le temps de trajet. Avant, rallier Kankan depuis Conakry, c’était une expédition de trois, voire quatre jours si la pluie s’en mêlait. Entre les nids-de-poule géants à Coyah et les bourbiers vers Mamou, on ne savait jamais quand on arrivait. Aujourd’hui, avec le nouveau bitume, je fais le trajet en moins de 15 heures, en respectant les pauses. Pour nous, le temps, c’est de la marchandise qui ne se gâte pas.
Kèfinafasso.com : Et pour votre camion ? On imagine que l’entretien pèse moins lourd dans votre budget.
M.K. : Ah ça, c’est le jour et la nuit ! Avant, je changeais mes pneus tous les trois mois à cause des cailloux et de la chaleur des freinages brusques. Les amortisseurs rendaient l’âme à chaque voyage. Aujourd’hui, mon camion “respire”. Je fais deux fois plus de rotations par mois avec le même véhicule. Résultat : mon patron est content, et moi, je gagne mieux ma vie grâce aux primes de trajet.
Kèfinafasso.com : Cette fluidité profite-t-elle aussi aux commerçants que vous transportez ?
M.K. : Énormément. Je transporte beaucoup de produits manufacturés à l’aller et des denrées agricoles au retour. Avant, quand on tombait en panne deux jours dans la brousse, les sacs d’oignons ou de tubercules commençaient à pourrir. Aujourd’hui, ce que je charge à Kankan le matin est sur les étals de Madina le lendemain. La marchandise reste fraîche, le prix ne s’envole pas, et le client final est gagnant.
Kèfinafasso.com : Quel est le prochain défi selon vous pour que ce progrès continue ?
M.K. : Il faut protéger ces routes. Je vois encore des collègues surcharger leurs camions au-delà du raisonnable. Si on ne respecte pas la charge, le goudron va s’ouvrir et on reviendra en arrière. Il faut aussi que la sécurité suive, car avec de belles routes, certains ont le pied lourd. La route doit rester un lien, pas un danger.
Kèfinafasso.com : Merci à vous Mamadou Kaba !
M.K. : C’est moi qui vous remercie !
Entretien réalisé par Samuel Demba. D










