C’est une histoire qui illustre, une fois de plus, les ravages du mariage forcé. À seulement seize ans, Fatouma Kanté aurait été donnée en mariage à Moustapha Camara, un homme d’une soixantaine d’années. Une union imposée, née non pas de l’amour, mais d’un arrangement familial qui s’est rapidement transformé en cauchemar pour la jeune fille.
Éleveur de profession, Moustapha Camara aurait profité de sa proximité avec la mère de Fatouma pour prendre une seconde épouse. Mais dès le départ, ce mariage n’était qu’un amour à sens unique. Fatouma, elle, n’éprouvait aucun sentiment pour cet homme qu’elle considérait comme ayant l’âge de son père.
Issue d’une famille polygame, Fatouma a grandi auprès de sa mère après le divorce de ses parents à Macenta, en région forestière. Plus tard installée à Siguiri, en Haute-Guinée, elle abandonne l’école faute de moyens et aide sa mère dans le petit commerce familial. C’est là que son destin bascule.
La genèse d’un mariage imposé.
« Au début, je ne savais pas que ma mère était complice. Le monsieur venait souvent à la boutique. Elle me disait : “Il est gentil, occupe-toi bien de lui.” Parfois, il me donnait de l’argent. Un jour, ma mère m’a annoncé qu’il voulait m’épouser. J’ai cru à une plaisanterie. Il a l’âge de mon père, voire plus. Mais elle insistait, malgré mon refus », confie Fatouma, la voix encore chargée d’émotion.
Un mariage de courte durée.
Après deux semaines de mariage traditionnel, la jeune fille refuse de s’installer durablement dans ce foyer qu’elle n’a jamais voulu.
« Je l’avais prévenue que je partirais tôt ou tard. Elle m’a dit que ce serait une désobéissance et une honte pour elle. Dès mon arrivée, j’ai dit à cet homme de ne jamais me toucher. Je lui répétais chaque jour. Finalement, je suis partie sans même dire au revoir. »
Une mère mise en cause
Pour Fatouma, la responsabilité de sa mère est lourde.
« Une mère qui aime son enfant ne décide pas à sa place. J’ai compris qu’elle avait déjà reçu ma dot. Elle a préféré l’argent à sa fille. »
Après la rupture
De retour à Macenta, Fatouma vit désormais chez son frère, dans l’attente d’une éventuelle réconciliation avec sa mère. Quant à Moustapha Camara, il aurait tourné la page, n’ayant plus donné signe de vie depuis plusieurs mois.
À travers le témoignage de Fatouma Kanté, c’est toute la problématique du mariage forcé et de la privation de l’enfance qui refait surface, rappelant l’urgence de protéger les droits et la voix des jeunes filles.
Samuel Demba D.
