’AGUIPEL, avec l’appui du système des Nations Unies, a pris une initiative majeure pour préparer la presse nationale aux défis des prochaines élections. Une cinquantaine de journalistes, issus de médias privés et publics de Conakry et de l’intérieur du pays, ont participé à un atelier intensif de trois jours. L’objectif était de les former aux avantages de l’utilisation de l’Intelligence Artificielle (IA) pour la vérification des données et la lutte contre la désinformation avant toute publication.

Les travaux ont été officiellement lancés par le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), en compagnie du Ministre de l’Information et de la Communication.

Le thème central de cet atelier était : « L’IA au service des médias pour une couverture électorale efficiente et responsable ». Une thématique d’une actualité brûlante, directement liée à la préparation du scrutin présidentiel.

L’IA, un impératif face à la vitesse du numérique

Dans son allocution, le président de l’AGUIPEL a souligné l’importance de cette formation dans le contexte politique actuel. « La Guinée s’apprête à engager un cycle électoral déterminant pour son avenir démocratique. C’est un contexte qui exige des médias forts et responsables. À l’heure du numérique, l’information circule plus vite qu’elle ne se vérifie », a-t-il fait remarquer.

Ce contexte est particulièrement exigeant pour les professionnels des médias, qui sont appelés à informer, à apaiser, à clarifier et à faire vivre la démocratie. Cependant, il a déploré que les rédactions manquent souvent d’outils modernes, de formations continues, et d’accès à des technologies à la hauteur des défis posés par l’ère numérique.

C’est précisément pour répondre à ces réalités qu’AGUIPEL a proposé ce projet ambitieux, innovant et structurant : ouvrir les portes de l’intelligence artificielle aux journalistes guinéens des secteurs public et privé, y compris ceux basés à l’intérieur du pays. « Former, c’est créer une communauté et bâtir l’avenir », a déclaré Amadou Tham Camara.

Des outils concrets et une charte éthique en perspective

Les journalistes sélectionnés ont été formés à des pratiques concrètes, incluant des simulations de couverture électorale, des sessions sur la lutte contre la désinformation, et la manipulation d’outils d’IA. Ces travaux pourraient mener à la « construction d’une charte d’usage éthique de l’intelligence artificielle pour la presse en Guinée », a envisagé le patron du site Guinéenews.

La présidente du groupe communication du système des Nations Unies en Guinée, Maddalena Bertolotti, a salué le calendrier de la formation. Elle estime qu’il est opportun d’organiser cet atelier, rappelant que « La révolution numérique a totalement transformé notre manière de produire, diffuser et consommer l’information. La question des enfants et des jeunes occupe également une place centrale. Nous avons la responsabilité collective de garantir des environnements numériques sûrs à tous les Guinéens, et particulièrement aux plus jeunes d’entre eux. »

L’IA : un renfort, pas un remplaçant

Alors que l’avènement de l’intelligence artificielle dans certains pays occidentaux a soulevé des craintes de chômage parmi les journalistes, le Ministre de l’Information et de la Communication s’est voulu rassurant. « L’intelligence artificielle n’est pas là pour vous remplacer, pour prendre possession de votre jugement, mais pour renforcer vos capacités », a affirmé Fana Soumah.

Toutefois, le Ministre a insisté sur le fait que l’usage de l’IA dans les médias « doit s’accompagner d’une vigilance accrue : respect de la neutralité journalistique, protection des données professionnelles et citoyennes, et préservation de la sécurité de l’information. »

Pour lui, si l’IA permet de gagner « en vitesse, en précision et en impact », la boussole du journaliste reste « l’éthique et la responsabilité, conformément à la législation et à la réglementation en vigueur ».

De son côté, le président de la HAC a rappelé l’existence de la décision réglementant la couverture médiatique de la campagne pour l’élection présidentielle du 28 décembre. C’est pourquoi, a-t-il précisé, la HAC réglemente le volet réseaux sociaux et intelligence artificielle.

« Je vous dis déjà toute la satisfaction de la HAC. Depuis l’ouverture de la campagne électorale, vous faites preuve de beaucoup de professionnalisme, de discernement. Je voudrais vous y encourager et vous rassurer que la Haute Autorité de la Communication vous protégera dans l’exercice de votre profession. » Cependant, le patron de la HAC a lancé un avertissement : « S’il y a de mauvais journalistes, l’État de droit et la démocratie sont en péril. »

Samuel Demba. D

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