– Le Référendum : Quand la forme triche sur le fond
Le 21 septembre 2025 restera une date marquante, celle du référendum ayant validé la sixième Constitution de l’histoire de notre pays. Présenté par la junte comme l’étape essentielle pour le « retour à l’ordre constitutionnel » et la fin de la transition, ce processus soulève plus d’inquiétudes que de certitudes.
Le régime du CNRD (Comité national du rassemblement et du développement) a obtenu un Oui massif, fruit d’un scrutin organisé dans un contexte de forte restriction de l’espace civique : l’opposition institutionnelle est affaiblie, ses principaux partis suspendus, et les voix critiques sont réduites au silence ou contraintes à l’exil. Ce référendum n’est pas le fruit d’un débat national inclusif, mais l’aboutissement d’une volonté unilatérale.
L’enjeu n’est plus de savoir si la Guinée aura une nouvelle Loi fondamentale, mais bien de comprendre pour qui et pour quoi elle a été rédigée.
– Une Constitution façonnée pour l’événement
Cette nouvelle Loi fondamentale introduit deux changements majeurs, qui sonnent comme des clauses de verrouillage et de succession :
- L’Allongement du mandat présidentiel (Septennat) :Le passage du quinquennat au septennat est justifié par la nécessité d’assurer la stabilité et de permettre la mise en œuvre de politiques de long terme. C’est un argument fallacieux. Dans un pays à la démocratie fragile, un mandat de sept ans est d’abord et avant tout une entrave majeure à l’alternance et une invitation à la concentration du pouvoir. Il décourage l’opposition et prépare le terrain pour un règne prolongé, potentiellement celui du sortant.
- L’Inéligibilité des rivaux :Le texte constitutionnel et son application de facto ont des conséquences directes sur l’élection présidentielle de décembre 2025. Par des critères d’âge et des dispositions floues sur les antécédents, cette Constitution écarte de la course les grandes figures de l’opposition historique (Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré).
L’équation est limpide : la junte a organisé le cadre légal du « retour à l’ordre » en s’assurant que son principal acteur, le Général Doumbouya, serait le candidat le mieux placé, voire le seul viable, pour la suite. La charte de la transition, qui interdisait aux membres du CNRD de se présenter, a été jetée aux oubliettes par le biais de cette nouvelle Constitution.
Qui profitera du « Nouvel Ordre » ?
Le peuple guinéen aspirait à la rupture avec les pratiques du passé, à la bonne gouvernance et au respect des institutions. Au lieu de cela, nous assistons à une reconstitution des méthodes :
- Cybercensure et répression : Les coupures d’internet observées le jour du référendum et la répression continue contre les manifestations et les voix discordantes, y compris la disparition non élucidée de figures critiques, dessinent un climat de terreur incompatible avec toute transition démocratique crédible.
- Propagande et divergence : Le projet minier de Simandou, bien que crucial, est désormais utilisé comme un outil de propagande omniprésent, infiltrant même les sujets d’examens nationaux. Le régime utilise les promesses de développement économique pour détourner l’attention des graves régressions en matière de droits civiques et politiques.
- Le Général Doumbouya cherche à se doter d’un vernis démocratique par le biais d’un référendum validé et d’une élection prochaine. Mais tant que la peur dictera la participation et que les règles du jeu élimineront d’office les principaux compétiteurs, le « nouvel ordre constitutionnel » ne sera, pour la Guinée, qu’une succession taillée sur mesure.
- La Paix et la stabilité n’émergeront pas d’un texte imposé par la force, mais du dialogue sincère et du respect inconditionnel de l’expression populaire et plurielle. C’est ce que le peuple, meurtri, continue d’attendre.
