Cela fait 67 ans, en ce 25 août 2025, que le président Ahmed Sékou Touré a prononcé son célèbre discours devant l’Assemblée territoriale, à l’occasion de la visite du Général Charles De Gaulle, venu promouvoir la création d’une Communauté française en Afrique. Pour mieux comprendre la portée de ce moment historique, notre rédaction a contacté le Professeur Mamadou Dindé Diallo, historien et Vice-recteur de l’Université Julius Nyerere de Kankan.
L’Aigleinfos : Nous sommes le 25 août. Que vous rappelle cette date ?
Pr. Mamadou Dindé Diallo : Cette date marque l’arrivée du Général de Gaulle en Guinée dans le cadre de la campagne référendaire sur la Communauté franco-africaine. À l’étape de Conakry, il y a eu des discours de part et d’autre, ceux du Général De Gaulle et d’Ahmed Sékou Touré.
L’Aigleinfos : Comment interprétez-vous le discours prononcé ce jour-là par le Camarade Sékou Touré ?
Pr. Mamadou Dindé Diallo : C’était un discours mûrement préparé, rédigé par le comité du PDG-RDA, le parti au pouvoir à l’époque. Ce n’était pas un discours spontané ou improvisé. Les mots étaient soigneusement choisis, c’était un discours responsable qui traçait la voie et le destin des Guinéens face à la proposition qui leur était faite. L’enjeu était de savoir si la Guinée, contrairement aux autres pays, acceptait ou non de faire partie de la Communauté française. Le “non” devait donc être clairement justifié. C’est ce que Sékou Touré a fait, car pour lui, la liberté n’avait pas de prix. Il était impératif d’obtenir l’indépendance, car c’était le choix qui s’offrait à eux.
L’Aigleinfos : Quelles ont été les conséquences immédiates de cette décision ?
Pr. Mamadou Dindé Diallo : À partir de là, la campagne a pris tout son sens, car un vote libre et transparent a eu lieu. La France a joué le jeu et a permis au peuple de voter librement, sans aucune intervention. Les résultats ont été annoncés tels qu’ils devaient l’être, sans aucune manipulation. Sékou Touré a d’ailleurs salué le Général de Gaulle pour cela, car il aurait pu faire manipuler les résultats, mais l’administration coloniale est restée neutre. Ainsi, le 28 septembre, le vote a eu lieu. La Guinée a été la seule colonie à voter NON, et la France a immédiatement accepté les résultats, officialisant la sortie de la Guinée de la Communauté franco-africaine. La Guinée est officiellement devenue indépendante le 2 octobre 1958. Cependant, le Général de Gaulle avait prévenu que si l’indépendance était à la disposition de la Guinée, elle en assumerait les conséquences. La première conséquence fut le retrait de la France et de tous ses fonctionnaires, le retrait de la Guinée de la zone monétaire, accompagné d’un cortège de blocages, de sabotages monétaires et de tentatives de déstabilisation. Mais la Guinée a réussi à y faire face grâce à la coopération avec des pays comme la Chine et l’Angleterre.
L’Aigleinfos : Pensez-vous que cette “vengeance” de la France perdure, étant donné que le pays subit encore des coups d’État et connaît un retard économique sans précédent ?
Pr. Mamadou Dindé Diallo : Non ! Il faut savoir tourner la page. On ne peut pas expliquer notre situation actuelle par le passé. La Guinée est indépendante, et les relations diplomatiques ont changé. Certains de nos dirigeants ont même dit que la Guinée n’était pas une sous-préfecture de la France. Cela fait 67 ans que nous sommes souverains. Il est temps d’arrêter de toujours accuser la France.
L’Aigleinfos : Est-ce qu’avant l’arrivée du PDG-RDA au pouvoir, il y avait d’autres partis d’opposition qui rivalisaient avec lui ?
Pr. Mamadou Dindé Diallo : Jusqu’en 1958, le PDG-RDA était le principal parti d’opposition, mais il y avait des partis comme celui de Yacine Diallo, qui a été au pouvoir de 1945 jusqu’à sa mort en 1952. Par la suite, une scission a eu lieu avec les Barry Diawadou et Barry 3 qui ont créé le BAG et le PAG. Cependant, de 1956 à 1958, le parti dominant était le PDG-RDA. Lorsque la question du référendum s’est posée, aucun de ces partis n’a osé dire non.
L’Aigleinfos : Merci, Professeur Mamadou Dindé Diallo. Vous êtes historien et Vice-recteur de l’Université Julius Nyerere de Kankan !
Pr. Mamadou Dindé Diallo : C’est moi qui vous remercie !
Entretien réalisé par Samuel Demba. D.
